JORNAL SUD OUEST
Lundi 27 Avril 2009
CENON, RENCONTRE. Chaque semaine, Carlos Da Cunha raconte les petits et grands événements de la Communauté portugaise locale dans les colonnes d'un journal de la région du Minho
Trait d'union avec le Minho
Les articles de Carlos Da Cunha construisent un pont entre le passé et l'avenir. (photo S.G)
Carlos Da Cunha, 40 ans, veille sur sa communauté, dans tous les sens du terme : il prend soin des jeunes au sein de l'AS Lusitanos, . Il suit également de très près la vie quotidienne de ses compatriotes, immigrés et Français de « première, deuxième, troisième génération ».
Pour cause : chaque semaine, depuis un an, ce chef de chantier dans le bâtiment raconte les petits et grands événements de la Communauté portugaise locale dans les colonnes du bimensuel Noticias Arcoenses. C'est le journal d'information de la ville d'Arcos de Valdevez, commune de la région du Minho, au nord ouest du Portugal.
La province a vu naître bon nombre des Portugais qui émigrèrent vers le Bordelais à partir du milieu du XXe siècle. Carlos compris. Cenon, sa terre d'accueil dans les années 1980 est aujourd'hui la troisième ville du département en nombre de lusophones (près de deux milliers). La Communauté y anime, avec une vivacité exemplaire, plusieurs associations de sport et de folklore. Elle participe à la vie économique et politique. Cenon le lui rend bien. La Ville s'est jumelée en 2008 avec Paredes de Coura, commune de la région du Minho.
Un autre visage de l'immigré « Dans mes articles, je parle des associations, des jeunes qui réussissent, des fêtes populaires.
.. Tout ce que les Portugais font de beau ici. Je veux dépeindre un autre visage de l'immigré portugais car la Communauté change, elle évolue », souligne Carlos. Sous son physique de rugbyman (version ailier), l'homme abrite un esprit fin, curieux, avide de comprendre et d'expliquer.
Il choisit ses mots avec soin pour ne pas dénaturer des pensées qui l'habitent douloureusement : « Au Portugal, l'émigré est mal perçu : s'il a quitté le pays, c'est parce qu'il était nul ou illettré. Les gens pensent qu'on est partis faire de l'argent pour construire la maison au pays.
La réalité est très différente : les Portugais construisent leur maison et élèvent leurs enfants ici. Ils ne rentrent au pays que pour les vacances », assure le correspondant de presse, père de trois enfants.
Les articles de Carlos Da Cunha construisent un pont entre le passé et l'avenir : ils réconcilient le pays d'origine avec ses compatriotes exilés et offrent aux jeunes nés en France l'occasion d'afficher leurs racines : « La solidarité est très forte dans la Communauté portugaise et les relations entre les jeunes et les aînés sont apaisées.
Tout le monde se retrouve et s'entraide au sein des associations. Les Portugais ont beaucoup appris de la France, notamment ses valeurs sociales. En retour, les jeunes sont très fiers de leur culture. Nous l'avons fortement senti lors du championnat d'Europe de football en 2004.
Ils portaient le maillot et brandissaient le drapeau. Ce n'était plus seulement leurs parents qui parlaient du Portugal mais les médias du monde entier. Depuis, ils s'investissent davantage dans les associations portugaises. Les jeunes vivent français et se revendiquent portugais, c'est une voie nouvelle de découvertes », conclu Carlos Da Cunha.
Auteur : Suzanne Galy